Laurent Turcot: consultant historique pour Assassin’s Creed Unity | Pèse sur start
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Laurent Turcot: consultant historique pour Assassin’s Creed Unity

Pour s’assurer de bien représenter le Paris de la Révolution française, Ubisoft a embauché deux consultants historiques pour le jeu Assassin’s Creed Unity, sorti en 2014. Le Sac de chips s’est entretenu avec l’un deux, l’historien Laurent Turcot.

Sac de chips: Comment s’est déroulé ton implication pour le développement du jeu Assassin’s Creed Unity?

Laurent Turcot: Les gens d’Ubisoft ont consulté mon site web et ils ont vu que j’avais travaillé sur la vie quotidienne à Paris au 18e siècle. Ils m’ont donc demandé de travailler avec eux. Je leur ai donné une formation sur la vie quotidienne à Paris lors de la Révolution française: comment les maisons étaient faites, comment les gens vivaient, quelles odeurs émanaient des rues, ce qu’on entendait en se promenant, les différents métiers de l’époque, les allures des berges de la Seine, etc. Ensuite, des programmeurs sont venus me voir avec des questions précises ayant rapport aux différentes missions du jeu, dans le but d’être le plus réaliste possible. Par exemple, je devais répondre à des questions comme «comment était la Sorbonne à l’époque?», «comment était le quartier Saint-Germain?», etc. J’ai adoré, mais c’était beaucoup de travail.

Sac: Mais il y a eu une controverse, aussi...

Laurent: Oui! Jean-Luc Mélenchon, homme politique français de gauche, a alimenté un débat énorme après la sortie du jeu. En somme, il disait que la représentation politique d’Assassin’s Creed était complètement fausse et déformée. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que la Révolution française est une trame de fond pour le scénario du jeu. Aussi, c’est une version de l’histoire; Ubisoft n’a jamais clamé dire la vérité avec ce jeu!

Mais ce qui est intéressant, c’est ce que l’équipe d’Ubisoft est arrivée à créer. Ils ont réussi à rendre la presque totalité de la ville de Paris du 18e siècle sur une échelle de 1 sur 1: Notre-Dame, la Bastille, le Jardin des Tuileries, le Jardin du Luxembourg, etc. Tout ça, le joueur peut se promener dedans et le vivre! Pendant 90 heures! C’est une expérience immersive à travers laquelle on peut arriver à faire connaître l’histoire, et ça, c’est inestimable. Donc, finalement, mon implication chez Ubisoft a été plus intéressante «après» que «pendant».

Sac: C’est important pour toi de prendre la parole comme historien?

Laurent: Oui, tout à fait. Je me demande où sont les intellectuels publics. Les chercheurs s’enferment beaucoup trop au Québec, à ne raconter leurs recherches qu’à eux-mêmes. Pourtant, ce qu’on fait, c’est l’fun! Et c’est utile! Avec l’explosion des médias et la facilité avec laquelle il est possible d’aller chercher de l’information, les intellectuels n’ont plus d’excuse.

 

Sac: Comment relies-tu ta participation au développement d’Assassin’s Creed Unity à tes recherches sur l’histoire des loisirs?

Laurent: Les jeux vidéo constituent un loisir extrêmement important. Or, les divertissements aujourd’hui doivent être utiles et rentables. Ils se font dans un cadre régulé et réglementé. Quand on va voir les Canadiens de Montréal, il faut être bien disciplinés dans les estrades, sinon on peut être expulsé. Cela dit, les loisirs peuvent aussi être pensés comme un moment de développement. Prendre du temps pour lire, développer son esprit, est-ce perçu comme rentable, dans notre société axée sur le travail et l’argent? Non. J’ose croire que Assassin’s Creed Unity, avec le potentiel d’apprentissage qui y est intégré, a pu modifier un peu ce rapport au divertissement.

Laurent Turcot est professeur d'histoire à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire des loisirs et des divertissements. Il a co-écrit avec Jean-Clément Martin un livre sur sa participation au jeu Assassin's Creed Unity, Au coeur de la Révolution, les leçons d'un jeu vidéo.

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