Joker serait-il qu’un simple show de boucane? [CRITIQUE] | Pèse sur start
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Joker serait-il qu’un simple show de boucane? [CRITIQUE]

Image principale de l'article Joker: un simple show de boucane?
Capture d'écran YouTube

ATTENTION: cette critique peut contenir, selon votre degré de tolérance, quelques divulgâcheurs.

Je vous mentirais en plein visage si je vous disais que le Joker de Todd Phillips ne m’a pas tenu en haleine pendant 120 minutes.

Troublant, gorgé de jolis plans et porté par une performance survoltée de Joaquin Phoenix, le controversé long-métrage a réussi à me convaincre à ma sortie de la salle, vendredi.

Mais qu’en est-il deux jours plus tard? Bien sincèrement, je n’en suis vraiment plus certain.

Joker serait-il tout simplement un show de boucane, conçu pour provoquer et choquer, mais sans grande substance derrière les meurtres et les émeutes?

Savez-vous quoi? C’est peut-être bien le cas.

Entre pitié et malaise

La prémisse de Joker était pourtant bien intéressante.

Alors que les motivations des vilains catapultés au cinéma sont parfois un peu minces (ils sont méchants, that’s it), l’adaptation de Phillips promettait de dresser un portrait de l’humain derrière le clown criminel, Arthur Fleck.

Joker répond-il aux attentes sur ce point? À première vue, oui.

Pendant près d’une heure trente, on accompagne le personnage tandis qu’il tombe lentement, mais sûrement, au fond du baril.

Dans une série de scènes à la limite du voyeurisme, on voit l’homme aux multiples troubles mentaux se faire moquer de lui, être victime de plus d’une agression, perdre sa thérapeute et se faire littéralement abandonner par le système.

Arrivent ensuite la violence, les meurtres et la naissance du Joker, qui considère désormais le chaos comme sa seule vraie façon d’exister.

Concrètement, la succession de scènes parvient à nous plonger dans la pitié et ensuite, inévitablement, dans le malaise profond d’avoir éprouvé un soupçon de compassion pour un tel psychopathe.

Par contre, avec du recul, force est d’admettre que l’histoire a laissé en moi une trace beaucoup moins indélébile que ce que j’aurais pu d’abord penser.

Provoquer pour provoquer

Après réflexion, je me suis demandé si on trouvait, au final, beaucoup plus que de la simple provocation dans le scénario.

Car deux jours plus tard, je dois avouer que le souvenir du film, qui au départ avait su me brasser et me marquer, devient de plus en plus tiède.

Ainsi, une fois que la fumée des quelques scènes coup-de-poing se dissipe, que reste-t-il?

À mes yeux, c’est un divertissement (très) efficace sur le coup, mais dont je ne me souviendrai probablement pas dans 10 ans.

Un long-métrage à la morale un peu simpliste et grossière, qui tente peut-être trop fort de devenir une œuvre culte, mais sans avoir tous les outils pour y arriver.

Saint-Joaquin

Il faut toutefois rendre à Joaquin ce qui est à Joaquin, car l’acteur se veut quand même la pierre d’assise de Joker.

Troublant à souhait, Phoenix crève (une fois de plus) l’écran et porte le film sur ses épaules. Son interprétation force autant la sympathie qu’elle va jusqu’à nous dégoûter. 

Est-ce la meilleure performance du comédien? Peut-être pas (Walk the Line? Her?). La version cinématographique la plus étoffée du personnage? Non plus.

Par contre, ce serait, j’imagine, un brin malhonnête de le blâmer pour les faiblesses du scénario et la réalisation un peu mince de Phillips.

À voir ou non?

Joker vaut-il la peine d’être regardé? Voilà la grande question!

Même s’il n’a pas exactement répondu à mes attentes et espoirs, je crois tout de même que le long-métrage, aussi polarisant soit-il, mérite d’être vu, ne serait-ce que pour se faire sa propre opinion.

Cela dit, valait-il la peine qu’on s’y attarde autant? Qu’on lui accorde les hautes distinctions avant de le plonger dans la controverse? Probablement pas. Parce que comme tout bon show de boucane, la fumée va s’estomper tôt ou tard.

♦ On aime: Joaquin Phoenix, la direction photo, les nombreux clins d’œil à l’univers de Batman

♦ On aime moins: la simplicité du scénario, les raccourcis, le peu de subtilité

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