Japon: les salles d’arcade près de la fin de partie | Pèse sur start
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Japon: les salles d’arcade près de la fin de partie

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TOKYO, Japon | Il n’est pas encore 20 heures, mais la salle de jeux d’arcade Mikado, dans un quartier étudiant de Tokyo, invite déjà sa clientèle clairsemée à partir en raison des restrictions face à la COVID-19, qui fragilisent ces lieux de convivialité typiques du Japon.

Comme d’autres établissements de vie nocturne, Mikado est prié de fermer plus tôt dans le cadre de l’état d’urgence déclaré depuis début janvier dans une partie du Japon, dont la capitale.

« C’est l’heure où la salle commence normalement à se remplir », se désole Yasushi Fukamachi, l’un des responsables de ce lieu spécialisé dans les jeux de combat rétro.

Alors que ses 250 bornes d’arcade sont d’habitude plus fréquentées après les heures de bureau, seuls une quarantaine de clients étaient présents peu avant sa fermeture précoce un soir de début février.

Contrairement aux bars et restaurants, les salles d’arcade n’ont droit à aucune compensation financière du gouvernement. Ce qui les plonge dans une situation financière critique, d’autant qu’elles avaient déjà souffert du premier état d’urgence au Japon au printemps 2020.

Les salles avaient alors fermé complètement pendant près de deux mois, et « les clients ont mis du temps à revenir », selon M. Fukamachi.

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Mikado avait retrouvé en novembre environ 90 % de son chiffre d’affaires d’avant-pandémie, mais la situation sanitaire au Japon s’est de nouveau dégradée en fin d’année.

« Les recettes ont de nouveau baissé fin décembre à 50 % » de leur niveau habituel, calcule M. Fukumachi, en dépit de précautions prises comme l’installation de cloisons entre les machines et la désinfection quotidienne des pièces de monnaie de 100 yens.

Faillites en série

Avant même la pandémie, « les petites salles indépendantes fermaient déjà à un rythme rapide », souligne Morihiro Shigihara, un journaliste et auteur, lui-même ancien gérant de salle d’arcade.

Selon les statistiques de la police, auprès de laquelle ces établissements doivent obtenir une licence, le nombre de salles d’arcade japonaises diminue régulièrement, de quelque 22 000 en 1989 à 4000 en 2019.

Mais depuis l’automne dernier, plusieurs salles emblématiques de Tokyo ont fait faillite, notamment dans les quartiers d’Akihabara et Shinjuku, hauts lieux du divertissement. 

« Le fait que même des grosses salles ferment en série est la preuve que la situation est particulièrement grave », juge M. Shigihara.

Le géant du jeu vidéo Sega a aussi récemment cédé la majorité de sa division salles de jeux.

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Le secteur a connu son âge d’or dans les années 1980-90 avec des jeux emblématiques comme « Space Invaders » et « Pac-Man », avant de subir la concurrence des consoles de salon et des jeux mobiles.

Les salles ont été contraintes d’évoluer : les jeux vidéo, qui assuraient un tiers de leurs recettes en 1993, n’en représentaient plus que 13 % en 2017, selon l’Association japonaise de l’industrie du divertissement (JAIA).

Ce sont désormais les machines « attrape-peluches », permettant de gagner divers jouets en manœuvrant une pince, qui apportent plus de la moitié de leurs recettes.

« On survit comme des cafards »

Quasiment disparues dans beaucoup de pays, les salles d’arcade survivaient jusqu’à présent au Japon grâce à leur important rôle social.

« L’un des plaisirs des salles d’arcade est de pouvoir engager la conversation avec les gens », explique à l’AFP Atsushi Nakanishi, 43 ans, un habitué de la salle Mikado.

La salle « où j’allais avant a fermé et j’ai perdu le contact avec ceux que j’y côtoyais », renchérit Hiroshi Suzuki, 28 ans. « C’est triste, c’est un lieu de convivialité et de sociabilité qui a disparu ».

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« On survit un peu comme des cafards », sourit M. Fukamachi, le gérant de Mikado. Il envisage de lancer une nouvelle campagne de financement participatif, après avoir levé l’équivalent de 300 000 euros (environ 462 000$) par ce biais au printemps dernier.

Devant l’afflux des dons, « on a senti tout l’amour des clients qui nous ont soutenus », raconte-t-il, ému. « Mettre la clé sous la porte, ce serait les trahir ».

Il faudra encore s’adapter après la pandémie, car « les modes de vie changent durablement, avec la généralisation du télétravail et la diminution des sorties », prévient-il.

Mikado prévoit des événements spéciaux après l’état d’urgence et diffuse déjà tous les soirs sur YouTube des parties commentées. Une manière de maintenir un lien avec ses joueurs absents, et de s’assurer un revenu supplémentaire. 

« Ceux qui reprendront les affaires comme d’habitude souffriront », prédit M. Fukamachi.