Un (autre) politicien tente d’interdire la vente de jeux vidéo violents aux États-Unis | Pèse sur start
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Un (autre) politicien tente d’interdire la vente de jeux vidéo violents aux États-Unis

«Grand Theft Auto et les autres jeux vidéo violents rentrent dans la tête de nos jeunes et normalisent la piraterie routière», affirme l'élu américain Marcus Evans Jr.
Image courtoisie Rockstar Games

«Grand Theft Auto et les autres jeux vidéo violents rentrent dans la tête de nos jeunes et normalisent la piraterie routière», affirme l'élu américain Marcus Evans Jr.

Dans une histoire qui semble se répéter année après année aux États-Unis, un politicien américain a déposé, mardi, un projet de loi qui viserait à interdire la vente de tout jeu vidéo violent dans l’État de l’Illinois.

Selon le démocrate Marcus Evans Jr., qui siège à la Chambre des représentants de l'Illinois, des titres comme ceux de la franchise Grand Theft Auto, qui mettent en scène différentes activités criminelles, seraient l’une des causes derrière une récente hausse de piraterie routière (carjacking) dans la région de Chicago.

«Grand Theft Auto et les autres jeux vidéo violents rentrent dans la tête de nos jeunes et normalisent la piraterie routière, a affirmé l’élu, interrogé par la chaîne ABC 7. La piraterie routière n’est pas normale et elle doit cesser.»

C’est pour cette raison qu’Evans a déposé le projet de loi HB3531 cette semaine, qui modifierait une loi en vigueur depuis 2005 interdisant déjà la vente de jeux vidéo violents aux mineurs en Illinois.

La nouvelle mouture de la législation étendrait toutefois cette interdiction aux personnes de tout âge et changerait la définition de «jeu vidéo violent» afin d’inclure les représentations de la violence autant physique que psychologique.

Ce faisant, tout jeu où un joueur contrôle un personnage «encouragé à perpétrer de la violence d’humain à humain, où le joueur tue quelqu'un ou cause de sérieux préjudices physiques ou psychologiques à un humain ou à un animal» serait banni des tablettes, peut-on lire dans le projet de loi.

«La loi interdirait la vente de certains de ces jeux qui font la promotion des activités qui font souffrir nos communautés», a fait valoir le représentant de l’Illinois au Chicago Sun Times. D’après le quotidien, 218 cas de piraterie routière auraient demandé l’intervention du Service de police de Chicago en janvier seulement.

Une offensive, Operation Safe Pump, a d’ailleurs été lancée pour prévenir la piraterie routière dans la grande ville américaine en postant des gardes de sécurité dans des stations-services et des centres commerciaux situés dans des secteurs à risque.

L’homme derrière l’initiative, le militant Early Walker, croit lui aussi que des jeux comme Grand Theft Auto poussent des jeunes à voler de façon violente des véhicules.

«Le représentant Evans et moi avons fait nos recherches et conclu que ces très jeunes contrevenants de piraterie routière étaient profondément influencés par Grand Theft Auto», a-t-il confié à ABC 7, ajoutant qu’il soutiendrait Marcus Evans Jr. dans ses démarches pour faire interdire la vente des jeux de la franchise de Rockstar Games.

Existe-t-il vraiment un lien entre les jeux violents et les actes de violence?  

Bon nombre de politiciens de premier plan, incluant Donald Trump et Joe Biden, ont déjà fustigé les jeux vidéo, les accusant notamment d’inciter à la violence.

Or, il n’y aurait «pas de preuve scientifique suffisante pour établir un lien causal entre les jeux violents et les comportements violents», note l'Association américaine de psychologie (APA) dans une mise à jour publiée en 2020.

«Attribuer la violence aux jeux vidéo n'est pas scientifiquement fondé et détourne l'attention d'autres facteurs, comme un historique de violence qui, d'après la recherche, est un présage majeur de violence future», y a noté la présidente de la réputée organisation, Sandra L. Shullman.

Se basant sur une analyse des études existantes, l’APA affirme qu’il existerait une petite association entre l’usage de jeux vidéo violents et certains gestes agressifs, comme crier ou bousculer d’autres personnes. «Toutefois, ces résultats de recherche peuvent difficilement être appliqués à des gestes plus violents», peut-on lire dans le document.

En des termes plus imagés, Chris Ferguson, un professeur de psychologie qui a travaillé sur le comité de l’APA, avait déclaré en 2019 au New York Times que «les données qui indiquent que les bananes peuvent mener au suicide» étaient «aussi concluantes» que celles qui attribuent les gestes violents aux jeux vidéo.