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Essai des processeurs Intel Rocket Lake-S (en six observations)

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Maxime Johnson

Après avoir s’être fait donner une leçon d’humilité par son concurrent AMD au cours des derniers mois, Intel revient à la charge avec ses nouveaux processeurs Core de 11ième génération destinés aux joueurs et aux utilisateurs qui ont besoin de beaucoup de puissance. Après plusieurs jours d’essais, souvent jusqu’au petit matin, voici ce qu’il faut retenir sur les nouveaux Core i9-11900K et Core i5-11600K.

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Les processeurs Rocket Lake-S arrivent à un moment important pour Intel. Alors que le fabricant américain a longtemps été le meneur incontesté pour les processeurs, surtout par rapport à leur puissance brute, l’entreprise a perdu des plumes au cours des derniers mois. Du côté des processeurs pour ordinateurs de bureau, le concurrent AMD a notamment lancé ses modèles Zen 3 à la fin 2020, qui ont déclassé Intel dans la plupart des tests de performance. Et ça ne va guère mieux pour les ordinateurs portatifs, où Apple, avec son M1, dépasse aussi souvent les processeurs d’Intel, du moins à consommation égale. 

Pour ceux qui ne suivent pas de près le marché des processeurs, le problème est relié au fait qu’Intel connait depuis quelques années des ratés avec sa production, ce qui limite ses ambitions. Alors que les processeurs M1 sont gravés en 5 nm, et que les Zen 3 sont gravés en 7 nm, les Rocket Lake-S lancés aujourd’hui sont gravés en 14 nm (14 nm++, si vous voulez être plus précis lorsque vous en discuterez, j’imagine, dans une rencontre Zoom avec vos amis et votre parenté). Bref, le procédé manufacturier utilisé est deux ou trois générations en retard (Intel a lancé un premier processeur gravé en 14 nm en 2014). 

Ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucune innovation avec les Rocket Lake-S, cela dit. Loin de là. Ceux-ci peuvent être surcadencés avec plus de précision (notamment la mémoire vive), leur cadence peut être augmentée automatiquement à des vitesses impressionnantes et l’architecture utilisée par Intel (qui est inspirée de ses processeurs mobiles en 10 nm) permet d’avoir plus d’instructions à vitesse égale qu’avec leurs processeurs de dernière génération. Ils ont aussi été améliorés pour l’apprentissage automatique, ils sont compatibles avec les cartes PCI-E 4.0 (un avantage qui devrait surtout être intéressant dans le futur) et ils sont dotés d’un nouveau cœur graphique amélioré. 

Des processeurs puissants, mais qui battent peu de records        

Les performances des Rocket Lake-S avec les rendus bmw27 et fishy_cat du test Blender, comparées aux résultats obtenus avec les processeurs AMD équivalents (résultats AMD tirés de Blender Open Data).

Capture d'écran: Maxime Johnson

Les performances des Rocket Lake-S avec les rendus bmw27 et fishy_cat du test Blender, comparées aux résultats obtenus avec les processeurs AMD équivalents (résultats AMD tirés de Blender Open Data).

Trois jeux mis à l’essai avec Rocket Lake et une carte graphique EVGA GeForce GTX 1070 Ti FTW2. Une carte plus récente aurait dans certains cas permis d’accentuer les différences.

Capture d'écran: Maxime Johnson

Trois jeux mis à l’essai avec Rocket Lake et une carte graphique EVGA GeForce GTX 1070 Ti FTW2. Une carte plus récente aurait dans certains cas permis d’accentuer les différences.

Les résultats de Rocket Lake-S aux tests Cinebench R20 et R23.

Capture d'écran: Maxime Johnson

Les résultats de Rocket Lake-S aux tests Cinebench R20 et R23.

Côté puissance, le Core i9-11900K se démarque tout particulièrement pour ses vitesses atteintes lorsqu’un seul cœur est utilisé. Dans les tests de performance (benchmarks, en anglais) comme Cinebench R23, il obtient en moyenne un meilleur pointage que les processeurs d’AMD les plus rapides (Ryzen 5900X et 5950X). Le Core i5-11600K fait aussi bonne figure, dépassant souvent le Ryzen 5600x équivalent d’AMD, si on compile les différents résultats publiés ces derniers mois.

Lorsque tous les cœurs sont comptabilisés, le Core i9-11900K est toutefois moins compétitif. Le processeur d’Intel compte en effet 8 cœurs seulement, contre 12 ou 16 pour les 5900X et 5950X, ce qui réduit ses ardeurs. Ses résultats sont alors à peu près similaires à ceux du 5800X à 8 cœurs (et souvent supérieurs, comme au test de performance Blender). Même son de cloche du côté du 11600K. 

Une analogie de hockey s’impose ici pour y voir plus clair. Si chaque cœur du processeur était un joueur de hockey, le fait d’avoir un cœur plus rapide serait l’équivalent d’avoir un meilleur joueur sur la glace. Ça peut parfois faire toute la différence, car il suffit d’un lancer bien cadré pour faire un but. Mais avoir plus de cœurs représente une équipe plus puissante dans son ensemble, ce qui peut aussi être plus avantageux. 

Si les performances de Rocket Lake-S varient d’un test (les benchmarks, en anglais) à l’autre, c’est encore plus vrai dans les jeux vidéo directement. Selon la carte graphique utilisée, selon la façon dont le logiciel a été optimisé (pour tirer profit de tous les cœurs ou non, par exemple) et selon quels sont les éléments qui limitent le taux de rafraichissement, le processeur utilisé peut avoir un impact minime, ou considérable sur les performances. 

Il faut en fait évaluer au cas par cas pour savoir quel processeur sera meilleur qu’un autre, en testant les différents jeux à différentes résolutions, avec différents processeurs et différentes cartes graphiques. C’est un travail de moine, que certains sites dédiés au matériel informatique ont surement fait, mais qui nécessite plus de matériel et plus de bras que ce que j’ai sous la main (et je suis loin d’être un moine, mais ça, c’est une autre histoire). Je me suis donc limité à trois jeux assez exigeants, mais avec des profils variés, soit Gears Tactics, Civilization 6 et Rainbow Six Siege.

Dans Rainbow Six Siege, la différence entre le Core i5 et le Core i9, et même avec un Core i7-8700K de 2017 (que j'ai ajouté ici pour être représentatif de quelqu'un qui changerait le processeur de son ordinateur actuel), était minime dans les conditions d’essai (qualité très haute, 1080p avec une carte EVGA 1070 Ti FTW2). Civilization 6 était semblable avec le Core i5 et le Core i7 de 2017, mais profitait vraiment du Core i9. Gears Tactics connait pour sa part une grosse amélioration en passant du Core i7 de 2017 au Core i5 de 2021, mais il n'y a qu'une petite amélioration en passant ensuite du Core i5 au Core i9. 

Dans tous les cas, la carte graphique a évidemment un impact beaucoup plus important sur le rafraichissement de ces jeux que le processeur. 

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Taux d’images par seconde avec trois jeux (1080p, qualité ultra, sauf Rainbow Six Siege à qualité très haute), utilisant le cœur graphique intégré Intel UHD 750 des processeurs Rocket Lake-S.

Capture d'écran: Maxime Johnson

Taux d’images par seconde avec trois jeux (1080p, qualité ultra, sauf Rainbow Six Siege à qualité très haute), utilisant le cœur graphique intégré Intel UHD 750 des processeurs Rocket Lake-S.

Contrairement aux Ryzen d’AMD, les Rocket Lake-S d’Intel sont dotés d’un cœur graphique intégré, le Intel UHD 750. L’intérêt est ici surtout pour les usages professionnels, puisque des entreprises ont parfois besoin de processeurs puissants, mais pas forcément de carte graphique dédiée.

Pour les joueurs, le calcul n’est pas le même. Si vous construisez votre propre PC, et surtout si vous payez 749$ pour un Core i9, vous voudrez jouer avec une bonne carte graphique. Dans la plupart des cas, le cœur intégré sera donc plus ou moins utile. Cela dit, dans la situation actuelle, où les cartes graphiques sont introuvables ou hors de prix, l’UHD 750 pourrait vous permettre de monter votre ordinateur dès maintenant, en attendant l’arrivée de votre RTX 3080 de rêve. 

Si le UHD 750 est amplement suffisant pour la bureautique (les pointages plus que respectables de 5165 au test PCMark 10 pour le i5 et de 5401 pour le i9 le démontrent bien), on ne peut toutefois pas en dire autant pour les jeux. Sauf pour les plus petits jeux, ou ceux qui ne sont pas en 3D, vous devrez souvent faire des compromis importants pour arriver à un rafraichissement acceptable. 

À Civilization 6, j’ai ainsi été forcé de réduire la résolution à 720p avec un niveau moyen pour atteindre la barre des 30 images par seconde. Gears Tactics était mieux, cela dit (33 images par seconde à qualité ultra, en 1080p). Pour atteindre les 60 images par seconde à Rainbow Six Siege (qui nécessite un meilleur rafraichissement si vous ne voulez pas être toujours le premier à mourir), j’ai dû diminuer la qualité à moyenne et avec une résolution de 720p. 

Notons que le cœur graphique intégré a d’autres avantages. Celui-ci peut en effet maintenant être utilisé en même temps que votre carte graphique. Si vous jouez avec votre carte dédiée, vous pourrez utiliser l’encodage Quick Sync du UHD 750 pour vous diffuser votre bette sur Twitch sans affecter vos performances. Quelqu’un qui doit utiliser sa carte graphique dédiée pour de l’intelligence artificielle ou quelque chose du genre pourrait aussi brancher son moniteur sur le cœur graphique intégré et utiliser son ordinateur comme si de rien n’était, sans affecter son travail en arrière-plan. 

La danse de la surcadence vaut la peine       

Le micrologiciel de la carte-mère permet d’augmenter la cadence des processeurs déverrouillés, comme ceux du modèle K d’Intel mis à l’essai ici.

Capture d'écran: Maxime Johnson

Le micrologiciel de la carte-mère permet d’augmenter la cadence des processeurs déverrouillés, comme ceux du modèle K d’Intel mis à l’essai ici.

Les processeurs Intel de la gamme K, comme les deux mis à l’essai ici, peuvent être surcadencés. C’est-à-dire que leur vitesse maximale peut être augmentée, en modifiant quelques paramètres. Pour reprendre l’analogie, c’est l’équivalent de donner un café à ses joueurs de hockey avant le match (voilà qui vient probablement d’anéantir ma crédibilité sportive à tout jamais). 

Surcadencer son ordinateur était auparavant complexe. Il fallait changer des paramètres comme le voltage de ses cœurs petit à petit, faire des tests pour s’assurer que son système soit stable, et beaucoup plus. C’était un art, qui avait même une part de risque. 

Il est toujours possible en 2021 de surcadencer son processeur à la main. Mais ce n’est plus nécessaire. Que ce soit en utilisant un logiciel comme Intel Extreme Tuning Utility, ou en passant par le BIOS de votre carte-mère, vous pouvez augmenter vos performances en un seul clic de souris. 

Les gains obtenus, surtout avec le Core i5-11600K dont tous les cœurs ont été surcadencés à 5 GHz, sont considérables. Une fois surcadencé, le processeur de milieu de gamme d’Intel parvient à dépasser des modèles beaucoup plus dispendieux dans les tests de performance. 

L’avantage est moins prononcé avec le Core i9-11900K, qui utilise déjà des technologies, comme la nouvelle Intel Adaptative Boost Technology, pour augmenter automatiquement la puissance des cœurs lorsque c’est possible. Le i9-11900K offre par défaut une cadence allant jusqu’à de 5,3 GHz. À huit cœurs, celle-ci va jusqu’à 5,1 GHz. Bref, il y a peu de marge de manœuvre pour l’améliorer (à moins d’utiliser des solutions de refroidissement extrême, à l’azote liquide, par exemple). Cela dit, ça ne prend qu’un clic, alors vous seriez fous de vous en passer. 

Ça chauffe!       

Les ordinateurs construits avec Rocket Lake-S auront besoin de bonnes composantes pour en tirer pleinement profit.

Capture d'écran: Maxime Johnson

Les ordinateurs construits avec Rocket Lake-S auront besoin de bonnes composantes pour en tirer pleinement profit.

Intel, ou plutôt les fabricants de cartes-mères ont aussi d’autres atouts dans leur sac pour maximiser la puissance des processeurs Rocket Lake-S, notamment en augmentant leur enveloppe thermique (autrement dit, en leur permettant de consommer plus d’énergie). 

En temps normal, les Core i5 et Core i9 mis à l’essai ici plafonnent à une puissance de 250 watts pendant un peu moins d’une minute, puis ils sont limités à 125 watts. C’est déjà énorme (les processeurs AMD équivalents sont affichés à 65 watts ou 125 watts). Des fonctionnalités comme ASUS MultiCore permettent toutefois d’outrepasser ces limites. Surtout dans le cas du Core i9-11900K, l’effet sur les performances est considérable. 

Tout ceci devrait varier en fonction de votre carte-mère et de votre système de refroidissement (j’ai utilisé ici un système de refroidissement liquide Kraken X63 RGB de NZXT), mais pendant des tests de performance prolongés, le Core i9-11900K consommait 273 watts (avec une pointe à 305 watts) et chauffait à 82C (avec des pointes à 90C, mais il a aussi brièvement atteint 100C dans d’autres conditions). C’est chaud. Ce n’est pas dangereux, mais attendez-vous à ce que le ventilateur de votre processeur soit bruyant pour évacuer une telle chaleur. 

Du côté du Core i5-11600K (avec une surcadence à 4,8 GHz pour tous les cœurs), la consommation était plus limitée (il n’a que six cœurs), à 214 watts, et la température était similaire, à 84C. 

On parle ici de conditions lorsque des tests exigeants sont effectués. Au moment d’écrire ces lignes (sur le i5, mais le i9 afficherait un résultat identique), l’enveloppe thermique est de 20W, et la température de 26C. 

En général, l’effet de la consommation accrue est plus important sur le i9, mais celui-ci est en contrepartie plus bruyant. Le i5, qui avait obtenu une belle poussée par la surcadence, en profite moins, mais le niveau sonore est plus tolérable. Personnellement, je garderais le i5 avec la consommation accrue en tout temps, mais je n’activerais celle du i9 que lorsque j’ai vraiment besoin de maximiser ses performances. 

Pour emprunter cette voie, vous aurez toutefois besoin d’investir dans une bonne carte-mère, capable de fournir assez d’énergie au processeur et de supporter la chaleur dégagée, ce qui pourrait augmenter le coût final de votre ordinateur. La ASUS ROG Maximus XIII Hero utilisée ici coûte environ 647$ en ce moment, alors que vous pouvez trouver d’autres modèles compatibles pour 220$ environ (vous aurez aussi des fonctionnalités de moins, cela dit). 

Le Core i5-11600K se démarque      

L’Intel Core i5-11600K se démarque pour ceux qui recherchent un processeur puissant, vendu à un prix raisonnable.

Photo: Maxime Johnson

L’Intel Core i5-11600K se démarque pour ceux qui recherchent un processeur puissant, vendu à un prix raisonnable.

Quelques centaines d’essais plus tard, force est de constater que le Core I5-11600K est la véritable vedette ici. À 359$, la différence de prix par rapport à son concurrent direct (le Ryzen 5600X, à 439$) est grande, malgré ses performances équivalentes (et souvent supérieures). Dans les jeux, vous obtiendrez des performances qui se rapprochent même parfois de celles du Core i9-11900K (surtout si votre carte graphique vous limite), même s’il est moins de la moitié du prix. 

Le Core i5-11600K risque donc d’être une option intéressante pour les joueurs cette année qui ont un budget limité (et encore plus avec les prix démesurés des cartes graphiques).

Si le budget n’est pas un problème, ou si vous avez besoin de plus de puissance, le Core i9-11900K offre de bonnes performances, mais à 749$, c’est un pensez-y-bien. Pour 20$ de plus seulement, vous pourriez obtenir par exemple un Ryzen 5900X à 12 cœurs. Notons qu’il est légèrement plus puissant que le Ryzen 5800X (8 cœurs), mais qu’il est aussi vendu 110$ de plus. Même un Core i9-10900K de dernière génération, à 599$, pourrait être une option plus intéressante, selon votre budget. 

Intel a bien joué ses cartes (en attendant d’avoir une meilleure main)     

Les attentes de la presse spécialisée et des amateurs étaient assez basses envers Rocket Lake-S. Sans offrir un processeur en 10nm (et éventuellement en 7 nm), il est en effet difficile pour Intel de concurrencer à armes égales avec AMD. Se baser sur une technologie établie a toutefois ses avantages : la gravure en 14 nm++ permet notamment aux nouveaux processeurs d’atteindre des vitesses impressionnantes, surtout lorsqu’un seul cœur est nécessaire.

Celle-ci devrait aussi permettre à Intel de fabriquer beaucoup plus de processeurs que son concurrent AMD, surtout en ces temps de pénuries généralisées. Pour les vendeurs de PC préfabriqués (Dell, HP, etc.), cela pourrait être un argument de taille pour privilégier Intel. Voilà qui est un point positif pour l’entreprise. Pour un fabricant, l’argent est - parait-il - un excellent baume pour les blessures à l’orgueil. 

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