Critique d’Assassin’s Creed Shadows: un exercice délicat, mais réussi
Le nouveau jeu Assassin’s Creed Shadows d’Ubisoft sort aujourd’hui sur macOS, PS5, Windows et Xbox.
Ubisoft a relevé tout un défi avec le nouveau Assassin’s Creed Shadows, qui sort aujourd’hui : offrir aux joueurs une expérience nouvelle, tout en respectant (parfois un peu trop, c’est vrai) l’héritage de la franchise.
Après avoir passé quelques semaines dans le Japon féodal d’Assassin’s Creed Shadows, voici mes impressions, en cinq points.
L’ajout d’un second protagoniste améliore (vraiment) l’expérience de jeu
C’est la plus grande nouveauté d’Assassin’s Creed Shadows, et c’est aussi la plus intéressante. Le nouveau monde ouvert d’Ubisoft vous permet d’incarner deux protagonistes différents, le samouraï format géant Yasuke, et l’assassine ninja Naoe.
Chacun a sa propre histoire et sa propre personnalité, mais surtout son propre style de jeu. Yasuke prend un château d’assaut en fonçant par la grande porte, tandis que Naoe se cache dans les ombres et tue tout ce qui bouge méthodiquement et sans se faire voir.
Certaines missions sont spécifiques à l’un ou à l’autre, mais habituellement, on peut changer de personnage comme bon nous semble. J’ai tendance à jouer quelques missions avec Naoe, puis quelques missions avec Yasuke, généralement plus par envie de changement que par stratégie.
Non seulement la formule assure une bonne variété au jeu, mais elle a aussi permis à Ubisoft de faire de Naoe une assassine spécialisée, qui incarne à mon avis mieux l’esprit de la série que la majorité des héros de la franchise avant elle.
L’exploration moins guidée est une bonne idée, mais elle pourrait être améliorée
Dans Assassin’s Creed Shadows, on commence les missions avec des indices. Vous ne savez pas où se trouve précisément un personnage à rallier à votre cause sur la carte, mais vous savez par exemple qu’il est au nord d’une certaine ville, « près d’une chute ».
Vous pouvez alors chercher ladite chute en analysant le terrain, ou encore envoyer des éclaireurs (une autre nouveauté du jeu) le trouver à votre place.
L’idée est bonne, mais l’exécution laisse un peu à désirer. Je crois qu’Ubisoft aurait dû notamment utiliser cette nouvelle façon de faire avec parcimonie, en limitant les missions du genre, mais en les concevant mieux, sans éclaireurs, et avec plus d’indices.
Le Japon féodal est sublime
La franchise phare d’Ubisoft permet depuis ses débuts de faire en quelque sorte du tourisme dans le temps, et le Japon féodal de Shadows est l’un des lieux les plus intéressants que la série nous ait permis de visiter.
J’ai adoré lire les informations sur cette époque accessibles tout au long du jeu, mais aussi m’attarder aux différents détails, comme les nombreux types de barbecues (!) que l’on retrouve un peu partout. Le jeu regorge aussi de lieux et de personnages historiques que je ne connaissais pas, et que j’ai appris à découvrir. Il nous permet même de vivre certaines traditions, comme une cérémonie de thé.
J’ai aussi apprécié les changements de saison qui transforment visuellement le territoire, et affectent même un peu le jeu lui-même (les primes sur votre tête disparaissent à la fin des saisons, par exemple, et il est plus difficile de marcher dans la neige que sur le sol sec en plein été).
Le jeu (j’y ai joué sur GeForce Now avec une carte Nvidia RTX 4080 et sur Xbox Series X, sans qu’aucun bogue n’affecte mon expérience, d’ailleurs) est évidement joli, sans nécessairement repousser de limites de la génération actuelle.
L’histoire obtient la note de passage
Côté narratif, notons que l’histoire de vengeance au cœur d’Assassin’s Creed Shadows n’est pas la plus originale, mais qu’elle est bien racontée, sous forme d’une longue enquête tentaculaire avec différentes sous-intrigues et un arc narratif principal qui se tient. On ne joue pas vraiment à Assassin’s Creed Shadowspour l’histoire, mais on la suit quand avec un certain intérêt, sans sauter les dialogues.
Petit bémol à noter cependant : j’ai trouvé l’univers un peu froid, en partie parce que les personnages non-joueurs qui l’habitent – ceux que l’on croise dans les villes et qui n’ont pas de liens avec l’histoire, mais aussi certains qui nous confient des missions secondaires – ne nous parlent à peu près pas, et n’interagissent peu entre eux. Ça manque un peu de vie.
Shadows améliore ses prédécesseurs, mais conserve aussi plusieurs de leurs défauts
Les ajouts d’Assassin’s Creed Shadows touchent pour la plupart la cible (d’autres, comme la base personnalisable à la Fallout 4, tombent un peu à plat, mais sans vraiment nuire à l’expérience).
Force est aussi de constater qu’après 18 ans, plusieurs principes de base d’Assassin’s Creed, comme les parkours, ont aussi été peaufinés à souhait. La machine est bien huilée.
Plusieurs défauts des prédécesseurs sont toutefois aussi toujours présents.
Pour faire avancer son personnage – et l’arbre de progression est gigantesque dans Shadows –, vous devez effectuer une grande quantité de missions secondaires et d’activités qui sont souvent inintéressantes. Il faut par exemple trouver des pages de parchemins dans des temples pour gagner en sagesse afin de débloquer de nouvelles capacités. J’éprouve autant de plaisir à compléter ces activités qu’à chercher la manette de ma télé dans mon salon.
Découvrir la carte nécessite aussi d’escalader beaucoup trop d’arbres et de tours. Considérant qu’Assassin’s Creed Shadows est divisé en neuf grandes zones différentes, ça devient vite redondant.
Je comprends que ça fait partie de la recette des mondes ouverts d’Ubisoft en général, et d’Assassin’s Creed en particulier, mais il y a tellement de tâches obligatoires du genre qu’on a parfois plus l’impression d’effectuer une corvée que de jouer.
Malgré ces longueurs qui nuisent au rythme, Assassin’s Creed Shadows est dans l’ensemble un jeu qui offre beaucoup de moments forts, et qui propose plusieurs améliorations originales et appréciées. Je crois qu’Ubisoft pourrait se permettre d’aller plus loin dans sa transformation, mais c’est certainement le titre de la série qui m’a le plus accroché depuis plusieurs années.
Assassin’s Creed Shadows est offert dès aujourd’hui sur Windows, macOS, PS5 et Xbox.