Procès OpenAI: Altman se défend d'avoir trahi une mission philanthropique et attaque Musk
Le patron d’OpenAI, Sam Altman, s’est défendu mardi, devant un tribunal californien, d’avoir détourné la mission philanthropique des créateurs de ChatGPT, avant de dépeindre son accusateur, Elon Musk, en cofondateur avide de pouvoir.
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Après Elon Musk et le président d’OpenAI, Greg Brockman, ou le PDG de Microsoft, Satya Nadella, le puissant et décrié entrepreneur de 41 ans est le dernier protagoniste de ce procès civil à Oakland, près de San Francisco, à donner son éclairage sur la genèse de sa société, devenue étendard de l’intelligence artificielle (IA) générative.
À l’initiative de ce procès, Elon Musk accuse Sam Altman et un autre cofondateur d’OpenAI, Greg Brockman, d’avoir détourné leur société de sa mission initiale, celle d’une structure à but non lucratif dédiée à la recherche sur l’IA.
En transformant la start-up en société commerciale, les deux partenaires ont fait selon Elon Musk un usage indu des 38 millions de dollars qu’il avait injectés dans OpenAI après sa fondation, en décembre 2015.
« Cela ne correspond pas à ma conception de ce que signifie détourner une organisation philanthropique », a déclaré d’entrée Sam Altman, costume sombre et cravate bleue, après avoir pris place sur le siège du témoin. Il devrait l’occuper jusqu’à mercredi, avant les plaidoiries finales jeudi.
« Je suis très fier du travail accompli, a-t-il dit, de la valeur créée, et du soutien dont bénéficie cette fondation », à laquelle OpenAI, valorisée 850 milliards $ US, reste adossée.
« Plus OpenAI se portera bien, mieux se portera l’organisation à but non lucratif », a-t-il justifié.
À l’été 2017, les cofondateurs d’OpenAI et Elon Musk discutent de la création d’une filiale commerciale, rendue indispensable pour lever les milliards de dollars nécessaires pour payer les ingénieurs et la puissance de calcul. Une victoire de ChatGPT face à des humains dans le jeu vidéo Dota2, en août 2017, vient de démontrer le potentiel de l’IA, captant l’attention d’investisseurs de la Silicon Valley.
Mais, selon Sam Altman, Elon Musk réclame d’abord « 90 % des parts », puis « il a adouci, mais c’était toujours une majorité » absolue.
« Le fait qu’Elon Musk refusait de s’engager par écrit à ne pas exercer un contrôle à long terme me mettait très mal à l’aise », a raconté l’entrepreneur.
« Nous ne pensions pas que l’intelligence artificielle générale », un niveau hypothétique où l’IA dépasserait les capacités humaines, « devait être sous le contrôle d’une seule personne », a-t-il ajouté.
Zéro chance de succès
Selon la thèse d’OpenAI, Elon Musk n’a pas été trahi, mais a claqué la porte de son plein gré, avant de poursuivre ses ambitions dans l’IA avec son laboratoire xAI, aujourd’hui fusionné avec son entreprise spatiale SpaceX.
Quand OpenAI débute son virage commercial en 2019, « il nous a dit que nous avions 0 % - pas 1 % - de chances de succès », a assuré Sam Altman.
Le clan Musk a mis à mal la thèse du pur altruisme durant l’audition de Greg Brockman en l’attaquant sur un journal personnel dans lequel il admettait son désir de « gagner de l’argent ».
Le président d’OpenAI a révélé que sa participation dans l’entreprise était valorisée environ 30 milliards $ US.
Sam Altman ne détient pas directement d’actions de la start-up, mais possède une participation indirecte via la société de capital-risque Y Combinator. OpenAI a aussi investi dans plusieurs sociétés dont il est actionnaire.
Elon Musk a également dénoncé la communication de Greg Brockman et Sam Altman, qui ont, selon lui, longtemps caché leurs véritables intentions.
Les mis en cause mettent, eux, en avant les contradictions de l’homme le plus riche du monde, qui s’est, un temps, dit favorable à une évolution de la structure juridique d’OpenAI, voire à une fusion avec Tesla.
La fondation à but non lucratif d’OpenAI existe toujours, mais elle n’est plus qu’actionnaire de la structure commerciale, dans laquelle est logée l’activité de l’entreprise.
Elon Musk réclame le retour à simple statut de fondation. Une telle issue obligerait OpenAI à renoncer à ses investisseurs privés, comme Microsoft, essentiels dans la course mondiale à l’IA.