«Défilement morbide»: cette mauvaise habitude de nombreux adolescents en ligne affecterait leur santé mentale, alertent des chercheurs
Le défilement dit morbide ou passif de contenu sur internet serait associé à une importante augmentation de l’anxiété et des troubles de santé mentale chez les adolescents, selon une récente étude.
Un article scientifique publié au début du mois de mai dans le périodique Computers in human behavior associe une hausse importante de l’anxiété et de troubles de santé mentale chez les adolescents s’adonnant au défilement passif, voire morbide (doomscrolling en anglais).
Cette pratique consiste à faire défiler l’écran d’un appareil mobile de manière passive sans objectif précis, notamment sur les réseaux sociaux.
Ces plateformes permettent en effet aux utilisateurs de faire défiler les contenus à l’infini.
Ce phénomène constitue la plus forte influence négative à la santé mentale des jeunes recensée par les chercheurs de l’Université Western en Ontario.
« Le défilement passif est un grave problème », mentionne une auteure de l’étude, Emma Duerden, sur le site internet de l’université canadienne.
« Nous sommes entraînés dans nos écrans et le temps disparaît, ajoute-t-elle. Le défilement passif maximise l’exposition aux contenus inappropriés et aux comparaisons sociales destructives. Pour les ados que l’on a interrogés, le défilement passif augmente leur anxiété et affecte de manière significative leur santé mentale. »
Environ 45 % des 580 adolescents de 12 à 17 ans ayant participé à l’étude qui n’avaient pas de problèmes de santé mentale diagnostiqués au préalable ont d’ailleurs présenté des symptômes s’apparentant à de l’anxiété en répondant aux questions des chercheurs, peu importe leur temps d’écran.
« C’est beaucoup plus important que ce que l’on pensait, avance la professeure. Avant la pandémie, le taux d’anxiété chez la population adolescente oscillait autour de 8 et 15 %. Maintenant, on voit que près de la moitié de notre échantillon rapporte de l’anxiété, ce qui est alarmant et mérite qu’on s’y attarde. »
Ce n’est pas la première fois que le défilement morbide est associé à des enjeux de santé mentale.
D’autres études effectuées auprès d’adultes ont recensé des problématiques similaires.
Ce phénomène en particulier étant relativement nouveau, la portée de ses conséquences sur le développement des adolescents demeure méconnue.
Les chercheurs ont cependant indiqué dans leur étude que de nombreux articles scientifiques ont associé de manière plus large l’utilisation des écrans par les adolescents sur la santé mentale des jeunes.
Que faire pour limiter l’impact ?
Les auteurs de l’étude conviennent que limiter le temps d’écran est plus facile à dire qu’à faire, mais évoque qu’une utilisation de moins de deux heures par jour contribue à limiter les risques.
Mme Duerden évoque également l’importance de l’interdiction des téléphones cellulaires à l’école, qui a d’ailleurs été mise en place l’an dernier par le gouvernement du Québec.
« Sortir et faire partie du monde réel est important, a-t-elle indiqué. Nous devons prendre une pause de nos téléphones pour notre santé générale et mentale. »
Si le gouvernement du Québec n’a pas de recommandations spécifiques en termes d’heures pour l’utilisation des réseaux sociaux par les adolescents, il suggère une adaptation selon le contexte, précisant que des conséquences sur la vision, le sommeil, les capacités d’apprentissage et les habitudes de vie ont été recensées pour la tranche d’âge de 13 à 19 ans.