Gearbox arrive à Montréal avec de l’ambition à revendre et des idées plein la tête [ENTREVUE] | Pèse sur start
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Gearbox arrive à Montréal avec de l’ambition à revendre et des idées plein la tête [ENTREVUE]

Sébastien Caisse et Pierre-André Déry
Photo Raphaël Lavoie

Sébastien Caisse et Pierre-André Déry

La dernière fois que j’ai rencontré Sébastien Caisse et Pierre-André Déry en personne, c’était pour parler de Borderlands 3, quelques mois avant sa sortie en septembre 2019.

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Deux ans plus tard, attablés au même café du quartier Saint-Roch, à Québec, inutile de dire que l’ambiance et le contexte (!) ont changé du tout au tout. Le registre à remplir à l’entrée, les masques, les poignées de main qui se sont transformées en d’étranges salutations avec le coude. Bref, c’est une entrevue dans un tout autre monde.

Cela dit, s’il y a quelque chose que la pandémie ne semble pas affecter, c’est bien l’implantation de Gearbox dans la province, qui, après l’ouverture d’un studio à Québec en 2015, vient d’établir à la fin août une autre antenne à Montréal.

C’est d’ailleurs pourquoi Sébastien et Pierre-André, codirecteurs de Gearbox Studio Québec, m’ont donné rendez-vous à nouveau: les deux comparses dirigeront également en tandem l’équipe montréalaise et veulent me parler de ce nouveau et grand projet.

«Gearbox a longtemps caressé le désir de s’établir à Montréal, même avant que ça existe à Québec. C’était un endroit que l'on considérait à cause du bassin de talent. Évidemment, on a ouvert le premier studio de Gearbox à Québec en 2015, mais c’est resté dans les plans depuis toutes ces années-là», explique Pierre-André, qui souligne à quel point la richesse de la main-d’œuvre «extrêmement réputée et extrêmement expérimentée» de la métropole a incité l’entreprise à s’y installer.

Photo AFP

«Montréal a fait ses preuves, on s’entend, ça fait 25 ans que l’industrie est établie là-bas, de grands studios qui font de grands jeux», ajoute-t-il.

Avec un pied-à-terre désormais à Québec et à Montréal, pas question de travailler en silo cependant, comme en témoigne l’équipe de direction qui sera unifiée pour les deux studios et les projets qui seront communs.

«On parle d’un studio qui aura des équipes distribuées sur deux sites. Il n’y a pas de notion de studio lead ou de studio de support. Quand on parle d’autres groupes, il arrive qu’un studio va diriger l’effort et que d’autres vont venir s’agglutiner autour pour le supporter. Nous, entre Québec et Montréal, on va vraiment diriger nos propres productions, qui seront développées entre les deux studios par des équipes distribuées», indique Pierre-André.

L’équipe de Gearbox à Montréal, le «premier livrable» du nouveau studio

Avant de rouler à plein régime, l’antenne montréalaise de Gearbox doit toutefois régler un petit détail assez important... celui du recrutement!

Au début septembre, l’équipe de la métropole comptait une quinzaine de personnes, mais à terme, celle-ci devrait rassembler 250 artisans, qui rejoindront les quelque 200 membres de la brigade de Québec.

Au premier œil, l’exercice de recrutement semble colossal, mais ce n’est rien pour effrayer Sébastien et Pierre-André, qui y voient une pierre d’assise aux succès futurs du studio.

«C’est central à l’effort. Avant de livrer un jeu, on doit assembler une équipe. C’est notre premier livrable, en quelque sorte. On doit assembler une équipe qui va avoir une chimie, qui va être capable de livrer un jeu de qualité», insiste Pierre-André.

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Et lorsque je demande plus précisément quels postes sont à combler chez Gearbox Studio Montréal, mes deux interlocuteurs s’empressent de m’indiquer que l’on cherche... à peu près de tout, ou presque! «Des programmeurs, des concepteurs, des artistes, des animateurs, des producteurs», énumère Pierre-André. «Tous les métiers!», ajoute Sébastien.

L’occasion rêvée, rappellent-ils, de profiter de la «variété de talents et de spécialistes disponible à Montréal», mais aussi d’encourager une fois de plus la diversité, répondent les deux directeurs lorsque questionnés à ce sujet.

«Évidemment, on est pro-inclusion et diversité. On a une population assez diverse et on continue dans cette direction-là», lance Pierre-André. «On a 250 occasions de créer cette diversité-là. C’est comme ça que je le vois. Tu le fais», tranche pour sa part Sébastien.

«Si on veut divertir le monde, il faut aussi qu’on soit représentatif de ce monde-là»

Au-delà de l’embauche de travailleurs de tous horizons, les deux codirecteurs croient également que la diversité est à l’honneur au sein même des jeux de Gearbox, comme dans sa franchise phare Borderlands.

«On parle beaucoup de ça à travers nos productions aussi, avec nos héros et nos antihéros. On va aller contre le conformisme à bien des égards. C’est quelque chose qui ne nous fait pas peur. On n’a jamais eu peur de représenter un spectre plus large», note Pierre-André.

«Je pense que c’est un plaisir aussi d’embrasser ce que permettent les jeux. Tu as un média, tu prends un micro sur le stage mondial pour dire de quoi. Pourquoi ne pas en profiter pour faire preuve de cette diversité-là par les personnages et la fiction que tu crées? [...] Je trouve qu’on a une responsabilité», seconde Sébastien.

«Si on veut divertir le monde, il faut aussi qu’on soit représentatif de ce monde-là. C’est la base», lancent les deux dirigeants, presque en chœur.

Encore du Borderlands sur la planche... mais aussi de nouvelles franchises

On s’en doutait: ajouter une antenne à son studio, ça veut évidemment dire un effort colossal de recrutement. Toutefois, au final, ça signifie également plus de ressources et, donc, la possibilité de se lancer dans des projets encore plus ambitieux, ce que Pierre-André et Sébastien confirment.

Au cours des dernières années, l’équipe de Gearbox Studio Québec a profité notamment du développement de Borderlands 3 pour gagner en autonomie, avant de diriger la conception des différents DLC du titre par la suite. La délégation québécoise a néanmoins envie d’aller encore plus loin et c’est entre autres ce que permettra cette expansion du côté de Montréal.

«Nous allons diriger le développement sur des titres AAA, des titres d’envergure de la même mouture que ceux pour lesquels Gearbox est connu jusqu’à maintenant», indique sans détour Pierre-André.

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Sébastien intervient alors pour préciser que cela inclura des projets de «la marque Borderlands», mais aussi «des trucs qui sont de nouvelles propriétés intellectuelles». «C’est l’ambition de ces jeux-là qui sont la locomotive de croissance», ajoute-t-il.

«C’est une marque de confiance extraordinaire de la part de Gearbox envers les équipes au Québec, qui nous permet de prendre cette expansion-là et de développer nos propres titres, ce qui est quand même hors du commun», souligne Pierre-André.

Une preuve comme quoi la pandémie, même en secouant différents pans de l’industrie, n’aura pas eu la peau des ambitions de Gearbox au Québec, alors que le groupe est bien en selle pour réaffirmer son rôle de joueur majeur dans l’écosystème de la province.

Deux ans après notre dernière rencontre, le monde a beau être bien différent, mais la détermination de Sébastien Caisse et Pierre-André Déry, elle, est intacte.

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